Fragilisé par les intempéries, le célèbre Fort Boyard, situé entre l’île d’Oléron et l’île d’Aix, a perdu ses éléments de protection d’origine. Son propriétaire, le Département de Charente-Maritime, a déclenché une restauration urgente de la risberme et de l’éperon.
Les travaux, qui consistent à assurer la réfection de la risberme, une ceinture de 6 m de large qui limite l’érosion des fondations, et à reconstituer l’éperon pour contrer la houle et les courants marins, ainsi qu’un havre d’accostage à l’arrière du fort, ont été confiés à ETPO, assisté par l’industriel Edycem, mobilisé pour son expertise béton.
Couler pendant la houle
L’accès au site, contraint par les vents, les marées et la houle, impose des moyens logistiques inédits, ce qui a contraint les équipes à phaser le chantier. Les premières phases, qui concernaient la risberme, viennent de s’achever et ont été marquées en septembre par le coulage de 20 m3 de béton spécialement formulé par Edycem capable de résister aux conditions extrêmes du fort. Clou de cette phase, les 3 toupies ont été acheminées par hélicoptère et durant trois jours, près de 40 rotations ont été effectuées pour combler une cavité difficile d’accès. En octobre, un camion mixo-pompe Edycem de la centrale de Rochefort, est monté à bord d’une barge du Département de Charente-Maritime pour une opération de coulage en pleine mer. Un chauffeur Edycem a été accompagné spécifiquement pour cette intervention. Il pourra ainsi réaliser les prochains voyages qui se dérouleront jusqu’en 2027 pour une quantité de 300 m3 au total.
Du béton adapté aux ouvrages d’art
Pour ce chantier soumis au fascicule 65A du génie civil, Edycem a conduit l’ensemble des études laboratoire. Essais, formulation sur-mesure et validation des bétons techniques pour chaque typologie afin de répondre aux conditions extrêmes du site. Parmi les solutions mises en œuvre au niveau de la risberme :
– bétons colloïdaux PM-ES retardés pour les phases sous-marines,
– bétons structuraux C45/45 pour les fondations,
– bétons de propreté.
Il est essentiel de maintenir la rhéologie (plasticité) des bétons sur plusieurs heures, le temps du chargement, de la traversée puis du coulage. Ils doivent offrir le bon équilibre entre fluidité et cohésion. L’ensemble des bétons Edycem provient de sa centrale de Rochefort à proximité immédiate du chantier. Une exigence pour le maître d’ouvrage qui a fait appel majoritairement à des entreprises du tissu local.
Entre ciel et mer
« La qualité des formulations béton ont été déterminantes pour sécuriser les phases de coulage en pleine mer, sous la surface de l’ouvrage. Les travaux de réfection d’urgence de la risberme ont été réalisés par hélicoptère mais les autres sont prévus via bateau. Ces interventions nécessitent une planification minutieuse, totalement conditionnée par les prévisions météo-océaniques avancées et les forts coefficients de marée. », explique Julien Merceron, directeur de travaux ETPO.
Les livraisons en bateau suivent donc le rythme des marées. Une fois sur la barge, le camion mixo-pompe Edycem met 45 minutes de la Pointe de la Fumée à rejoindre le fort Boyard. Afin d’éviter le risque d’échouage, l’intervention s’assurer d’une hauteur d’eau minimale, du faible coefficient de marée pour allonger la plage de travail, et d’un vent inférieur à 40 km/h et d’une houle réduite de moins de 50 cm. Une fois la barge stabilisée à l’aide de trois corps-morts et de deux pieux, le camion mixo-pompe déploie sa flèche pour couler le béton jusqu’au pied des ouvrages. Sous l’eau, des scaphandriers (TETIS – filiale de Spie Batignolles ETPO) assurent la mise en œuvre. Lorsque la toupie revient à quai, un second camion la remplit sans qu’elle n’ait besoin de descendre de la barge. Cette logistique permet de gagner en sécurité et en temps sur le nouvel aller/retour.
Des éléments préfabriqués maîtrisés
La conception et la fabrication des futurs ouvrages en béton préfabriqué (du havre et de l’éperon) seront menées tout au long de l’année 2026 à Saint-Nazaire, au sein du grand port maritime. Une manœuvre logistique sera ensuite mise en place pour permettre l’acheminement des deux éléments préfabriqués par remorquage jusqu’au fort. Pesant deux à quatre mille tonnes, soit approximativement 2 500 m3 de béton au total, ils seront échoués et lestés sur place. Un travail approfondi sur la teinte du béton permettra d’assurer la cohérence esthétique entre les parties existantes et les futurs éléments préfabriqués du havre et de l’éperon.
Le chantier « protection » du fort Boyard doit être livré mi 2028 dans l’optique de l’ouverture au public durant l’été 2028.
