La décarbonation des matériels de chantier franchit une nouvelle étape. À l’occasion des 8es Rencontres du Matériel Durable, la Communauté des Acteurs du Matériel Durable (CAMD) a réuni 120 participants issus de plus de 40 organisations.
Entreprises, industriels, loueurs, constructeurs et donneurs d’ordre ont partagé leurs retours d’expérience. Tous défendent le même objectif : accélérer le déploiement des solutions bas carbone sur les chantiers.
Dans un contexte marqué par la hausse des coûts de l’énergie et les tensions géopolitiques, la filière estime que le temps des expérimentations touche à sa fin.
L’électrification devient la priorité
Les acteurs du secteur veulent réduire leur dépendance aux énergies fossiles. Pour y parvenir, ils misent désormais sur l’électrification des matériels de chantier.
Le marché propose un nombre croissant de machines électriques. Les progrès réalisés sur les batteries renforcent cette dynamique. Les solutions d’alimentation évoluent également.
Les entreprises disposent aujourd’hui de plusieurs options :
- le raccordement au réseau électrique ;
- les systèmes hybrides combinant réseau et stockage ;
- les unités autonomes de production et de distribution d’énergie.
Ces solutions permettent déjà d’alimenter de nombreux chantiers.
Les chantiers expérimentent de nouveaux modèles énergétiques
Plusieurs projets démontrent la faisabilité de cette transition.
À Lyon, Volvo Trucks, Colas et TotalEnergies testent une logistique basée sur le transport d’électricité directement jusqu’aux chantiers.
D’autres grands projets développent des organisations énergétiques complètes. Ils associent production, stockage et distribution d’énergie sur un même site.
Certaines opérations utilisent des camions capables d’alimenter des batteries mobiles. Cette solution réduit jusqu’à 80 % la consommation d’énergie par rapport à un groupe électrogène traditionnel.
En parallèle, la filière batteries poursuit sa montée en puissance. Les constructeurs améliorent l’autonomie, la densité énergétique et le recyclage des accumulateurs. La réglementation européenne entrée en vigueur en 2025 accompagne également cette évolution avec le passeport batterie.
« Les solutions techniques existent aujourd’hui. L’enjeu consiste désormais à généraliser leur usage », souligne Marie Bessières, vice-présidente de la CAMD.
Le coût des matériels freine encore la transition
Malgré ces avancées, la filière peine encore à changer d’échelle.
Le principal frein reste le prix d’acquisition des matériels électriques. Les petits équipements coûtent encore entre 20 % et 50 % de plus que leurs équivalents thermiques. Pour certains matériels lourds, l’écart dépasse même 100 %.
Les professionnels pointent également un manque de visibilité sur les solutions disponibles. Ils demandent aussi un cadre réglementaire plus lisible et des dispositifs de soutien plus efficaces.
La CAMD estime que les maîtres d’ouvrage devront intégrer ces enjeux dès la conception des projets afin d’accélérer la diffusion des équipements bas carbone.
Les matériels lourds restent le principal défi
L’étude réalisée par Arthur D. Little pour la CAMD confirme cette tendance.
D’ici 2030, l’électrification progressera surtout sur les petits matériels. Les équipements lourds évolueront beaucoup plus lentement.
À l’horizon 2035, les moteurs thermiques domineront encore largement le parc de matériels de chantier.
Selon les projections, les petits équipements électriques représenteront entre 23 % et 44 % des flottes. Les matériels lourds plafonneront entre 14 % et 18 %.
Ces niveaux restent insuffisants pour atteindre l’objectif fixé par la profession, qui vise une réduction de 30 % des émissions de gaz à effet de serre.
Le coût total de possession devient un nouvel indicateur
La CAMD invite désormais les entreprises à raisonner en coût global.
Le coût total de possession (TCO) permet d’évaluer un matériel sur toute sa durée de vie. Il prend en compte le prix d’achat, la consommation d’énergie, la maintenance, les réparations et la valeur résiduelle.
Cette approche facilite la comparaison entre les matériels thermiques et les équipements électriques.
La filière prépare un référentiel de durabilité
Les professionnels ne limitent plus la transition à la seule réduction des émissions.
Ils souhaitent également prolonger la durée de vie des matériels. La réparabilité, la fiabilité et le reconditionnement deviennent des critères essentiels.
Une enquête menée par la filière confirme cette évolution. Pour 39 % des répondants, un matériel durable reste avant tout un matériel fiable qui tombe rarement en panne.
La CAMD travaille désormais à la création d’un référentiel commun de durabilité. Comparable à un « Nutri-Score » du matériel, cet outil évaluera la réparabilité, la fiabilité et la performance environnementale des équipements.
L’objectif consiste à aider les entreprises à comparer les matériels avant leurs investissements.
La filière veut désormais industrialiser les solutions bas carbone
Les 8es Rencontres du Matériel Durable marquent une nouvelle étape pour le secteur.
Les technologies existent. Les industriels les testent déjà sur le terrain. Le véritable défi consiste maintenant à les déployer à grande échelle.
La filière souhaite renforcer la coopération entre constructeurs, loueurs, entreprises de travaux et donneurs d’ordre. Elle appelle également à harmoniser les réglementations au niveau européen afin d’accélérer la compétitivité des matériels bas carbone.
« Depuis deux ans, nos adhérents partagent davantage leurs retours d’expérience et construisent des solutions communes. Cette dynamique collective reste indispensable pour accélérer la décarbonation du secteur », conclut Olivier Colleau, président de la CAMD.
