Morgan Pisanu Takeuchi TB3150R TCR50

Takeuchi : un retour au premier plan

Par Paul Lecaplain |

C’est à l’occasion des Journées Portes Ouvertes de Takeuchi, organisées en son fief de Saint-Ouen-l’Aumône, que Morgan Pisanu, directeur des opérations du constructeur pour la France nous a accueilli le 17 juin dernier. Une occasion en or pour aborder avec le responsable tous les sujets d’actualité et notamment les nouveautés matériels qui devraient amener Takeuchi à un niveau supérieur.

Takeuchi : un retour au premier plan

Voilà trois ans, l’espace d’un détour chez Newloc Paca et le groupe Dubreuil, que Morgan Pisanu, en personne, n’avait pas organisé, avec ses fidèles équipes, les Journées Portes Ouvertes de Takeuchi France. Un évènement très attendu auquel se sont rendus près de 400 invités, concessionnaires, clients et suiveurs de la marque japonaise l’espace d’une journée sous le soleil brûlant de Saint-Ouen-l’Aumône. Et pour le directeur des opérations de revenir sur le premier semestre 2026 et d’évoquer l’avenir.  

Dynamique produits : l’innovation comme levier de croissance

L’année 2026 est marquée par l’introduction de solutions techniques spécifiques, à commencer par le dumper sur chenilles TCR50. Avec une charge utile de 5 tonnes, cette machine cible les terrains difficiles où les modèles à pneus échouent : « c’est surtout en termes de stabilité que ce modèle est efficace, sur les chantiers difficiles, tout ce qui va être chantier marécageux […] et même dans les conditions quasi aquatiques », explique Morgan Pisanu. Parallèlement, Takeuchi renforce sa présence sur le segment des pelles de 15 tonnes avec la TB3150R. Dotée d’une motorisation Yanmar, elle affiche une hausse de « 20 % de plus de performance hydraulique » par rapport à sa devancière. Morgan Pisanu affiche une ambition claire pour ce modèle urbain : « l’objectif à terme c’est de vendre 100 unités par an, tout en misant sur une montée en gamme de l’équipement standard, car la marque reste toujours dans la philosophie du full option ». Et de rester LA marque Premium de référence sur ses segments.

Expansion stratégique et conquête des grands loueurs

Pour soutenir son réseau et accroître ses parts de marché, Takeuchi a lancé via sa captive Takeuchi Finance le 18 juin 2026, une captive destinée notamment à booster la gamme de 1 à 2,5 tonnes. Cette assise financière accompagne un changement de cap commercial : l’offensive vers les « Majors » de la location. Morgan Pisanu avance également que « la montée en gamme du marché fait que Takeuchi devient légitime même chez les généralistes », car ces derniers « demandent désormais des options complexes comme les attaches multidirectionnelles. Notre but est de démocratiser Takeuchi au sein des loueurs ». Le constructeur ne compte pas pour autant sacrifier son positionnement : « on n’est pas là pour casser le marché pour garder les images premium ». Pour répondre à cet élargissement du spectre de vente, la capacité de production au Japon a d’ailleurs été augmentée de « plus de 30 % ».

Réalités de l’électrification

Interrogé sur la transition énergétique, Morgan Pisanu se montre pragmatique, voire sceptique face aux dispositifs actuels comme ceux de l’ADEME. Il souligne que « pour remplir les conditions de l’ADEME pour un constructeur, c’est quasi impossible », notamment à cause de l’exigence sur l’origine européenne des composants. Au-delà des aides, il pointe le frein majeur des infrastructures : « pas d’infrastructure, pas d’électrification ». Selon le responsable, le véritable moteur de décarbonation immédiat pourrait être fiscal : « c’est plus à ce niveau que je vois une vraie issue positive », évoquant des baisses de taxes sur le thermique ou le GNR plutôt qu’un forcing sur le tout-électrique.

Sécurité et valorisation de l’opérateur

La marque investit massivement dans la sécurité proactive et le confort de l’utilisateur. Takeuchi travaille actuellement sur des « capteurs de périmétrique pour éviter les accidents sur chantier pour faire baisser l’accidentologie ». Ce souci du détail s’étend à l’ergonomie, Morgan Pisanu précisant que « toutes nos pelles passent comme un labo pour le niveau de vibration pour l’employé ». L’objectif est de transformer la machine en un véritable outil de bien-être : « on est vraiment au cœur de la sécurité, au cœur du bien-être pour le conducteur », citant par exemple l’optimisation complète des systèmes de climatisation sur toute la nouvelle gamme.

Le marché et les enjeux de 2027

Après une année 2025 qualifiée de « morose », le dirigeant anticipe une croissance de 6 % pour 2026, mais reste prudent pour la suite. Il observe un « attentisme des clients finaux » lié aux incertitudes législatives et géopolitiques, estimant que le marché entre dans un cycle de stabilité de cinq ans sans envolée spectaculaire. « Le marché a été tellement haut, que nous revenons dans une période de cycles normaux », tempère-t-il aussi.  Dans ce contexte, le salon Intermat 2027 revêt une importance capitale : « Ce salon sera important à plus d’un titre pour le marché français. Il est important que tout le monde joue le jeu », prévient-il. Pour réussir, il préconise de s’appuyer sur l’attractivité de Paris pour faire revenir le visitorat étranger : « on pourrait rayonner différemment rien que parce que notre passé culturel », ose encore le responsable, en liant l’expérience du salon à l’offre touristique de la capitale.

Un retour aux sources marqué par le terrain

Le retour de Morgan Pisanu à la direction est indissociable de son expérience de trois ans dans la location, qui lui a permis de « comprendre la contrainte loueur », notamment le coût des machines immobilisées. Il confesse d’ailleurs que cette expérience lui a permis d’insuffler cette stratégie location, qu’il évoquait. Ce retour a été scellé grâce à sa complicité avec Takayuki Hadashi, General Manager issu de la R&D japonaise. Ce dernier souligne l’importance des retours du marché français pour le développement mondial de la marque : « les retours du terrain en Europe et en Amérique du Nord sont vraiment très utiles pour nous pour améliorer les produits ». Les deux hommes affirment partager la « même philosophie du produit », plaçant l’expertise technique et la proximité client au centre de leur stratégie. C’est bel et bien un retour aux premières loges, et pour l’homme, et pour Takeuchi.