Le marché mondial des chariots élévateurs devrait progresser d’environ 6 % en 2026. Pourtant, cette croissance masque de fortes disparités. Les marchés évoluent à des rythmes très différents. De plus, les choix technologiques divergent.
Les tensions géopolitiques pèsent aussi sur les investissements. Le conflit avec l’Iran a notamment fait grimper les prix de l’énergie. Ainsi, les coûts ne progressent pas de la même façon selon les régions.
Cette situation pourrait donc transformer durablement le marché des chariots élévateurs. Les données disponibles jusqu’en août 2026 permettent déjà d’identifier plusieurs tendances.
Des marchés régionaux très contrastés
Aux États-Unis, la reprise se confirme. Elle reste toutefois limitée par plusieurs freins structurels. L’utilisation des capacités industrielles reste sous sa moyenne de long terme. Dans le même temps, les constructions d’entrepôts ralentissent.
Les taux d’intérêt élevés pèsent également sur les investissements. Le marché américain devrait ainsi enregistrer une hausse de 3 à 5 % des commandes de chariots élévateurs en 2026.
En Chine, la situation est différente. La demande extérieure reste dynamique. Les exportations et les industries de haute technologie soutiennent notamment le marché.
À l’inverse, la consommation intérieure ralentit. Le PMI manufacturier et l’utilisation des capacités industrielles sont également moins bien orientés. La croissance des commandes devrait néanmoins atteindre 6 à 8 % cette année.
L’Europe avance à plusieurs vitesses
Le marché européen reste contrasté. En Allemagne, l’activité industrielle semble avoir atteint un point bas fin 2025. Elle montre désormais des signes de reprise.
La production industrielle progresse. La demande dans la logistique se redresse aussi. Dans ce contexte, les commandes de chariots élévateurs pourraient augmenter d’environ 4,5 % en 2026.
Cette progression repose surtout sur le renouvellement des équipements. Les projets d’automatisation jouent également un rôle important. En revanche, les investissements dans de nouvelles capacités restent limités.
L’Espagne affiche une dynamique plus forte. La croissance pourrait approcher 10 % cette année. Elle intervient après une hausse de 18,5 % en 2025.
Le secteur logistique espagnol soutient cette progression. Les échanges avec la Chine constituent également un moteur important.
L’Asie reste très hétérogène
Au Japon, le marché devrait progresser de 3,5 % en 2026. Après le rebond des ventes de chariots thermiques en 2025, les modèles lithium-ion restent confrontés à plusieurs difficultés.
La hausse des coûts de l’énergie pèse sur les investissements. De plus, la faiblesse du yen réduit le pouvoir d’achat. Toutefois, les semi-conducteurs et la construction d’entrepôts restent relativement solides.
La Corée du Sud présente une situation plus favorable. Les investissements liés aux semi-conducteurs et à l’intelligence artificielle soutiennent fortement l’industrie.
L’activité manufacturière a ainsi atteint son plus haut niveau depuis cinq ans. Par ailleurs, les entrepôts évoluent vers des sites de plus grande taille.
Les commandes de chariots élévateurs pourraient donc progresser de 6 % en 2026. Le marché sortirait ainsi d’une baisse de 4,9 % enregistrée en 2025.
L’Inde affiche, de son côté, la plus forte croissance parmi les dix principaux marchés. Les commandes devraient augmenter de 7,9 %.
Cette progression intervient après un recul de 3,3 % en 2025. Surtout, elle accompagne une transformation du marché. Les chariots électriques progressent rapidement, tandis que les modèles thermiques reculent.
Au Brésil, la croissance devrait atteindre 7 %. Elle reste élevée, malgré un ralentissement par rapport aux 14 % enregistrés en 2025.
La logistique agricole, les activités minières et l’industrie soutiennent le marché. Cependant, les effets de base et la normalisation des capacités devraient limiter la progression.
Le conflit avec l’Iran pèse sur les coûts
Le conflit avec l’Iran constitue l’un des principaux facteurs externes de 2026. Selon les données de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la perturbation de l’offre pétrolière a atteint environ 1,5 million de barils par jour.
Les prix de l’énergie ont donc fortement augmenté. Toutefois, l’impact varie selon les régions.
Le Japon et la Corée du Sud sont particulièrement exposés. Leur forte dépendance aux importations d’énergie a pesé sur l’industrie. Elle a aussi conduit à des révisions à la baisse des prévisions de croissance.
Les États-Unis ont été davantage protégés grâce à leur production de pétrole de schiste. En Europe, la diversification des approvisionnements a également limité l’impact.
L’électrique gagne du terrain
Ces écarts régionaux se retrouvent dans les commandes de chariots élévateurs. Les modèles thermiques et les équipements standards restent sous pression.
Plusieurs secteurs très consommateurs d’énergie réduisent leurs investissements. C’est notamment le cas de la chimie, de la métallurgie et de certaines activités de mécanique industrielle.
À l’inverse, les semi-conducteurs, les nouvelles énergies et la défense affichent une demande plus solide. Les investissements liés à l’intelligence artificielle jouent également un rôle.
Ces secteurs soutiennent notamment les chariots lithium-ion. Ils favorisent aussi les équipements connectés et les solutions d’automatisation logistique.
Par ailleurs, la hausse du pétrole renchérit les matériaux et les coûts de construction. Certains projets sont donc reportés ou réévalués.
Le marché subit ainsi un effet « bullwhip ». Les entreprises peuvent réduire leurs investissements par précaution, même lorsque la demande finale reste relativement stable.
Les prix ne suffisent plus à faire la différence
La concurrence évolue également. Les fabricants chinois représentent désormais plus de la moitié des expéditions mondiales de chariots élévateurs.
Ils profitent notamment de leurs coûts de production. Ils bénéficient aussi d’une chaîne d’approvisionnement mature dans les batteries lithium-ion.
Ces acteurs remontent progressivement vers les segments intermédiaires et haut de gamme.
Face à eux, les constructeurs historiques conservent toutefois plusieurs atouts. Toyota, KION et Jungheinrich disposent notamment de marques reconnues.
Leurs réseaux de services constituent également un avantage. Enfin, leurs plateformes logicielles renforcent leur position sur les marchés à forte valeur ajoutée.
L’automatisation devient stratégique
La pression concurrentielle varie donc selon les segments. Sur les produits standardisés, les constructeurs chinois gagnent du terrain.
C’est notamment le cas des chariots de classe 3.1. Dans ce segment, leur progression réduit la capacité des marques historiques à maintenir leurs prix.
La situation est différente pour les chariots de classe 1 et les projets d’automatisation. Les logiciels et l’expérience des constructeurs historiques restent difficiles à reproduire.
Le marché se divise ainsi progressivement en deux grands espaces.
Dans les économies émergentes et les segments standardisés, le prix et les volumes restent déterminants. En revanche, les marchés matures privilégient davantage l’automatisation.
Les solutions énergétiques, les logiciels de gestion de flotte et les services sur l’ensemble du cycle de vie prennent également de l’importance.
Quelles perspectives pour 2026 ?
Le marché mondial reste donc orienté à la hausse. Toutefois, sa croissance pourrait être moins homogène que ne le suggère la prévision globale de 6 %.
Les prochains mois seront déterminants. Plusieurs indicateurs devront être suivis de près.
Les tarifs du fret maritime constituent un premier signal. Les stocks des distributeurs seront également à surveiller. Enfin, la part des commandes de chariots électriques donnera une indication sur l’évolution technologique du marché.
Le troisième trimestre permettra notamment de mesurer l’ampleur d’un éventuel cycle de restockage. Il aidera aussi à déterminer si la croissance annuelle se situe dans le haut ou le bas de la fourchette prévue.
Pour les fabricants, l’enjeu est donc double. Ils doivent adapter leur exposition aux différents secteurs clients. En parallèle, ils doivent proposer davantage de solutions électriques aux entreprises fortement exposées à la hausse des coûts énergétiques.
À moyen terme, le marché pourrait ainsi moins se jouer sur le seul prix des chariots. L’automatisation, l’énergie, les logiciels et les services pourraient devenir les principaux leviers de différenciation.
