Le SEDDRe alerte sur le ralentissement du réemploi des matériaux de construction en France. Dans un plaidoyer publié en mai 2026, l’organisation appelle les pouvoirs publics, les maîtres d’ouvrage et l’ensemble des acteurs du bâtiment à renforcer la déconstruction sélective. Mais aussi à structurer une véritable filière nationale du réemploi.
Face à une conjoncture difficile et aux incertitudes autour de la filière REP PMCB, le syndicat formule sept propositions concrètes pour accélérer la transition vers une économie circulaire dans le secteur du BTP.
Un gisement considérable encore sous-exploité
Le secteur du bâtiment génère chaque année environ 25 millions de tonnes de déchets en France. Une part importante de ces matériaux, comme les menuiseries, les équipements techniques, les revêtements ou certains éléments structurels, pourrait être réemployée.
Pourtant, malgré les objectifs fixés par la loi AGEC, la déconstruction sélective reste encore marginale. Les entreprises disposent du savoir-faire nécessaire, mais elles se heurtent à des freins économiques, réglementaires, logistiques et assurantiels.
Un contexte économique qui fragilise la dynamique
Le SEDDRe constate un recul des ambitions de certains maîtres d’ouvrage. Cette tendance intervient alors que le secteur fait déjà face à une baisse d’activité, à une hausse des coûts énergétiques et à un fonctionnement encore incertain de la REP PMCB.
Selon Alexandre Doyère, la dynamique du réemploi reste aujourd’hui concentrée en Île-de-France. Il souligne toutefois que cette situation n’est pas une fatalité et qu’elle peut être reproduite dans les autres régions grâce à une meilleure structuration de la filière.
Sept propositions pour structurer la filière du réemploi
Le plaidoyer du SEDDRe repose sur des retours d’expérience de terrain. Il recommande notamment :
- d’intégrer des lignes spécifiques aux déposes soignées dans les marchés ;
- de renforcer la qualification Qualibat 1162 « Déconstruction Sélective » ;
- de désigner des assistants à maîtrise d’ouvrage spécialisés en réemploi ;
- de créer une filière nationale de repreneurs et de reconditionneurs ;
- de lever les obstacles assurantiels et normatifs ;
- d’introduire des clauses incitatives dans les marchés publics ;
- de diffuser les bonnes pratiques dans tous les territoires.
En parallèle, le syndicat prévoit de lancer une cartographie nationale des acteurs du réemploi et de publier des guides pratiques par famille de matériaux à partir de 2027.
Une nécessité économique et environnementale
Pour Mathieu Hiblot, le réemploi ne constitue plus une option. Il répond à la raréfaction des ressources, à l’augmentation des coûts de mise en décharge et aux exigences croissantes des donneurs d’ordre en matière de performance environnementale.
En outre, cette approche permet de réduire l’empreinte carbone des projets tout en créant de nouvelles opportunités économiques pour les entreprises de déconstruction, de recyclage et de reconditionnement.
Le réemploi, un levier pour le BTP
La déconstruction sélective s’impose progressivement comme un maillon essentiel de l’économie circulaire dans le bâtiment. Elle transforme les déchets de chantier en ressources et favorise une gestion plus durable des matériaux de construction.
Si les conditions économiques et réglementaires évoluent favorablement, le réemploi pourrait devenir un standard sur l’ensemble du territoire.
