Serge Ferrari veut imposer les membranes comme 7e matériau

Par Armand Rosam |

Serge Ferrari propose de reconnaître les membranes techniques comme une nouvelle famille de matériaux de construction. Le groupe met en avant leur légèreté et leur capacité à assurer plusieurs fonctions sur une même surface.

Serge Ferrari veut imposer les membranes comme 7e matériau

Serge Ferrari propose de reconnaître les membranes techniques comme une nouvelle famille de matériaux de construction. Le groupe met en avant leur légèreté et leur capacité à assurer plusieurs fonctions sur une même surface.

Une nouvelle famille de matériaux

Pierre, terre, bois, béton, métal et verre. Serge Ferrari propose d’ajouter une septième catégorie à cette liste : les membranes techniques.

Le groupe industriel français a présenté cette démarche le 24 septembre 2026. L’objectif consiste à donner un nom et un périmètre à une famille de matériaux utilisée depuis près de 50 ans dans l’architecture.

Jusqu’ici, les membranes techniques étaient souvent associées aux matériaux « légers ». Serge Ferrari souhaite désormais les faire entrer plus clairement dans le vocabulaire de la construction.

Cette démarche ne correspond pas au lancement d’un nouveau produit. Elle vise plutôt à mieux faire connaître les performances et les usages de ces matériaux auprès des architectes, ingénieurs, bureaux d’études et maîtres d’ouvrage.

Une surface qui cumule les fonctions

La membrane technique repose sur une logique différente de celle des matériaux traditionnels. Sa performance ne dépend pas seulement de sa masse ou de son épaisseur.

Mise sous tension, une membrane peut notamment filtrer la lumière, maîtriser les apports solaires ou contribuer au confort acoustique. Elle peut aussi participer à la gestion de l’air ou couvrir de grandes portées.

Cette polyvalence permet de réunir plusieurs fonctions sur une même surface. La membrane peut ainsi intervenir dès les premières étapes de conception.

« La membrane n’est plus quelque chose que l’on spécifie à la fin d’un projet. Elle participe à la recherche de la solution dès le départ », souligne Nick Tyrer, architecte et designer chez BDP Pattern.

Des applications dans plusieurs projets

Plusieurs réalisations illustrent cette approche.

Au Musée M9 de Mestre, conçu par Sauerbruch Hutton, une membrane intérieure laisse passer 41 % de la lumière. Elle affiche également un coefficient d’absorption acoustique αw de 0,65.

À The Camp, à Aix-en-Provence, près de 7 000 m² de membrane forment une canopée. Celle-ci assure notamment une fonction de protection solaire des espaces extérieurs.

À Doha, le projet Msheireb de Mossessian & Partners intègre une toiture mobile composée de 1 080 panneaux. Le dispositif adapte la protection de la place publique aux conditions climatiques.

Autre exemple à Dalt Vila, à Ibiza. Seulement 137 kg de toile couvrent une cour située dans un ensemble classé au patrimoine mondial de l’Unesco. La solution limite ainsi la charge ajoutée au bâti existant.

Des membranes très légères

Le poids constitue l’un des principaux arguments avancés par Serge Ferrari. Un mètre carré de membrane pèse entre 380 g et 1,6 kg.

Selon le groupe, une toiture en membrane peut être jusqu’à dix fois plus légère qu’une solution réalisée avec des matériaux conventionnels. Le résultat dépend notamment de sa géométrie.

Serge Ferrari met également en avant les résultats d’une analyse de cycle de vie à 50 ans. Pour une solution étudiée par le groupe, l’empreinte annoncée atteint environ 20 kg éq. CO₂/m². La solution métallique prise comme référence atteint, elle, environ 75 kg éq. CO₂/m².

La protection solaire constitue une autre application. Certaines membranes peuvent arrêter jusqu’à 97 % de l’énergie solaire avant son passage à travers le vitrage.

Dans un scénario tertiaire étudié selon la norme ISO 52022-3, un store textile automatisé fait ainsi passer les besoins en refroidissement de 60,2 à 29,8 kWh/m²/an.

Vers un nouveau langage de prescription

Avec le « 7e matériau », Serge Ferrari veut aussi faire évoluer la prescription architecturale.

Le groupe souhaite faciliter le dialogue entre fabricants, confectionneurs, ingénieurs, architectes, bureaux d’études et maîtres d’ouvrage. La démarche doit également permettre de mieux documenter les performances des membranes.

Pour Serge Ferrari, cette nouvelle catégorie doit rester ouverte. Elle n’a donc pas vocation à désigner uniquement ses propres produits.

La filière devra toutefois disposer d’un langage commun. Des méthodes de mesure explicites et des données comparables seront nécessaires pour évaluer les membranes face aux autres matériaux de construction.

« Nous ne lançons pas un nouveau produit, nous donnons un nom à une famille de matériaux déjà présente dans l’architecture, mais encore insuffisamment reconnue », explique Sébastien Baril, CEO de Serge Ferrari Group.

Repenser le rôle du matériau

Avec cette initiative, Serge Ferrari défend une autre manière d’aborder la conception. La question ne porte plus seulement sur la composition d’un matériau.

Elle concerne aussi les fonctions qu’il peut apporter au bâtiment. Dans cette approche, légèreté, adaptabilité et polyvalence deviennent des paramètres de conception à part entière.