Mélina Orban (Colas) : la valeur n’attend pas le nombre des années

Par Paul Lecaplain |

À 24 ans, Mélina Orban a rejoint le laboratoire Colas de Messin (54) en tant que technicienne. Entre rigueur scientifique et réalité du terrain, la jeune femme nous livre son regard sur un secteur qu’elle découvre avec enthousiasme, loin des clichés.

Mélina Orban (Colas) : la valeur n’attend pas le nombre des années

Originaire de la région de Nancy, Mélina Orban n’était pas initialement prédestinée aux travaux publics. Après un bac scientifique, elle s’oriente vers la chimie et obtient un BTS à Chalon-sur-Saône, suivi d’une licence professionnelle en « produits et matériaux formulés ». C’est lors de son alternance au Cerfav (Centre de recherche et de développement verrier) qu’elle confirme son intérêt pour la science des matériaux.

Pourtant, c’est le besoin de concret qui la pousse à changer de voie. « Je trouvais mon ancien poste redondant. J’avais l’impression de ne pas être sollicitée pour mes compétences techniques », confie-t-elle. En répondant à une annonce du laboratoire Colas à Messin (54), elle découvre un univers dont elle ignorait la complexité technique.

« Le goudron n’existe plus »

Arrivée en juillet dernier, Mélina a dû rapidement déconstruire ses propres idées reçues. « Pour moi, une route, c’était des cailloux et du goudron. En arrivant chez Colas, on m’a dit que le goudron n’existait plus depuis des années ». Son quotidien se partage désormais entre le laboratoire et le terrain, une polyvalence qu’elle affectionne.  Son rôle consiste à assurer le contrôle de fabrication pour les industries (usines de bitume, carrières, postes d’enrobé) et à intervenir sur les chantiers pour des contrôles de mise en œuvre. « C’est un mélange entre la partie scientifique et la technique concrète. On nous pose une question et on y répond avec une solution concrète », explique la jeune femme.  Pour elle, formuler un enrobé s’apparente à une véritable « recette de cuisine » où chaque constituant — bitume, cailloux, matériaux recyclés — doit être parfaitement caractérisé.

Une femme dans un monde d’hommes : l’accueil du terrain

Dans ce secteur encore très masculin, Mélina Orban souligne la qualité de son intégration. « J’ai été très bien accueillie. Sur un chantier, voir une femme arriver, ça remet un peu de soleil », s’amuse-t-elle. Loin de souffrir de clichés sexistes, elle note plutôt une tendance à être « chouchoutée » par ses collègues. Elle mise même sur l’autodérision pour s’intégrer parfaitement à son équipe de cinq techniciens. « Je ne me suis jamais sentie comme « une nana qu’on n’écoute pas » parce qu’elle ne connaît pas ». Cette aisance lui permet de s’épanouir sur le terrain, un environnement qu’elle préfère de loin au travail de bureau.

La démesure des grands travaux

Malgré son jeune âge, Mélina a déjà vécu des moments marquants, comme ce premier chantier en autonomie où un problème de fabrication inattendu l’a forcée à réagir rapidement. « Heureusement qu’il s’est passé ça, car ça m’a permis de rebondir. Il faut savoir proposer des solutions, c’est comme ça qu’on acquiert de l’expérience ».

Elle reste également impressionnée par la démesure de certains sites, comme la carrière de Raon-l’Étape : « Quand un Dacia Duster est descendu dans la fosse à côté des pelles géantes, j’ai réalisé la taille des machines ». De même, la vision aérienne de chantiers aéroportuaires, avec plusieurs finisseurs travaillant de concert, la fascine.

Perspectives

Bien qu’elle ait entendu parler de la tradition du « gigot bitume » sans encore y avoir goûté, Mélina Orban se projette avec sérénité chez Colas. « Ce qui me plaît, c’est d’en apprendre tous les jours. Je suis fière de ce que j’ai appris ». Pour cette technicienne passionnée, la route est encore longue, mais elle est déjà riche de découvertes.