Les pieds dans le vide : l’impressionnant métier de cordiste

Par Paul Lecaplain |

Suspendus à plusieurs dizaines de mètres du sol, ils défient le vide pour réparer des monuments, sécuriser des falaises ou nettoyer des gratte-ciels. Surnommés les « alpinistes de la maintenante », les cordistes exercent un métier aussi fascinant que méconnu. Frédéric Foli, directeur général d’ADRENALINE, y consacre sa vie depuis 34 ans. Il nous plonge dans les coulisses de cette profession haute voltige.

Les pieds dans le vide : l’impressionnant métier de cordiste

Les cordistes sont des professionnels hautement spécialisés dans les travaux en hauteur d’accès difficile. Leur domaine d’expertise couvre autant les bâtiments que les risques naturels, en passant par l’évènementiel et les ouvrages d’art. L’entreprise ADRENALINE, qui intervient depuis 2007, a notamment été mandatée pour contrôler la structure de la charpente et de la verrière métallique du Musée du Louvre.

Un métier pluridisciplinaire 

Comme la plupart des cordistes, « j’ai démarré les travaux sur corde à travers mon activité de spéléologie. », déclare Frédéric Foli. De nombreux professionnels venaient initialement du monde de l’escalade, et utilisaient des méthodes d’alpinisme et de spéléologie pour le travail sur corde. 

La technique de la corde à nœud, qui consistait à grimper en assurant sa sécurité via des nœuds réalisés à la main, était largement pratiquée à l’époque. Bien que cette pratique soit facile à réaliser, elle n’offrait pas assez de sécurité pour répondre aux normes actuelles. 

Aujourd’hui, avec près de 10 000 cordistes en France, les travaux sur cordes se sont largement éloignés de la pratique sportive. En effet, le matériel et les pratiques ont énormément évolué pour assurer productivité et sécurité. Désormais formés à l’utilisation d’EPI tels que les casques, harnais et cordes dynamiques, les cordistes travaillent dans un cadre strict, où la prévention des accidents est devenue la priorité absolue. 

Une activité à risque

Cependant, malgré les nombreuses précautions, ce métier reste à haut risque. Bien que les cordistes soient accrochés, une erreur humaine ou un matériel défectueux peut rapidement tourner au cauchemar. Le décès en décembre 2025 de Matthieu Pouchat, cordiste expérimenté, après une chute d’une vingtaine de mètres suite à la rupture de sa corde, a marqué la profession. Ce drame, loin d’être un événement isolé, remet en question l’efficacité des formations à la sécurité et sur la fiabilité du matériel utilisé. 

Ainsi, posséder des compétences telles que la concentration, la gestion du stress ou encore une bonne condition physique est primordial pour exercer cette activité. 

Si ces aptitudes professionnelles sont obligatoires pour garantir la sécurité sur le terrain, elles permettent également aux cordistes d’intervenir avec une précision technique dans différents secteurs d’activité. 

Des compétences au service de différents domaines

Le savoir-faire des travaux sur corde est utilisé dans des secteurs très variés. Les cordistes sont aussi bien missionnés sur la maintenance et le nettoyage, le bâtiment et les travaux publics que sur la sécurisation de zones à danger ou encore le montage de structures et réseaux. Dès lors que le travail est réalisé en hauteur et difficilement accessible par les moyens conventionnels, les cordistes deviennent indispensables. 

Par ailleurs, cette profession est de plus en plus demandée. France Travail a recensé au cours de ces douze derniers mois 3 040 offres d’emploi déposées par les employeurs et partenaires. Également, 4 090 demandeurs d’emploi se sont intéressés à ce métier.

Au-delà de leur spécialisation, les cordistes jouent un rôle stratégique en s’imposant comme une alternative efficace face aux échafaudages et nacelles.

Une complémentarité sur les chantiers 

Sans remplacer les moyens classiques, les cordistes offrent une solution complémentaire afin de couvrir au mieux les chantiers : « Nous intervenons précisément là où les nacelles ou les échafaudages trouvent leurs limites, ou lorsque la mise en place d’une protection collective est trop complexe. » 

De plus, les travaux sur cordes permettent une intervention plus réactive, sans les contraintes logistiques d’un échafaudage ou d’une nacelle.

Dans un contexte de transition écologique et de normes RSE strictes, la légèreté logistique du cordiste devient un atout majeur. Contrairement aux échafaudages et nacelles, dont le transport et l’installation génèrent une empreinte carbone significative, les cordistes interviennent avec un équipement minimaliste. 

Une reconnaissance tardive 

Cette structuration du métier est le fruit d’un long combat. « Je faisais partie des derniers pionniers à rejoindre la profession dans les années 90, à l’époque ce n’était pas vraiment réglementé ni structuré.», se rappelle Frédéric Foli. Au fil des années, un syndicat a été créé pour faire reconnaître cette profession par l’État et définir des normes claires. 

Ce n’est qu’en 2004 que la législation reconnaît les travaux sur cordes. Enfin, une circulaire ministérielle définit clairement leurs interventions depuis 2019. Les professionnels du secteur doivent dorénavant répondre à des exigences précises. Tout d’abord, l’obtention d’une qualification reconnue par l’État avec un CQP qui passe par France Travaux sur Cordes est obligatoire. Ensuite, une évaluation préalable comparée doit être réalisée sur chaque chantier, avec des analyses de risques systématiques et des modes opératoires détaillés.

Une montée en compétence du secteur 

Dorénavant, en complément de la qualification CQP initiale, les professionnels peuvent se qualifier grâce à différents niveaux CQP1, CQP 2 et CQP superviseur Travaux sur Cordes. Un gage de qualité dont se félicite le professionnel : « Je suis fier de constater la montée en compétence constante de nos équipes, qui sont avant tout des artisans experts : couvreurs, zingueurs, techniciens. ».  

En trois décennies, le métier de cordiste a traversé une véritable mutation, passant d’une pratique de pionniers à une profession hautement qualifiée et réglementée. Plus qu’une simple alternative aux moyens d’accès classiques, les cordistes apportent une expertise technique indispensable aux chantiers`. Une évolution qui résonne comme un aboutissement pour Frédéric Foli : « Ma plus grande satisfaction aujourd’hui, c’est cette reconnaissance réelle de notre métier. Nous ne sommes plus des mercenaires, mais des professionnels qualifiés. »