Un marché dynamique… qui masque une réalité plus contrastée
À première vue, le marché de la machinerie lourde se porte bien. À fin mai 2026, les ventes progressent de 20 % sur le segment des pelles de plus de 12 tonnes et de 10 % sur celui des midipelles. Pour Jean-Philippe Delion, directeur de Kobelco France, ces chiffres ne reflètent pourtant pas la réalité économique des entreprises. Selon lui, les carnets de commandes sont davantage alimentés par une logique d’anticipation financière que par une hausse de l’activité. « Le nombre d’heures d’utilisation des machines est en chute libre », observe-t-il. Les entreprises redoutent en effet une dégradation de leurs résultats en 2026 et 2027 et préfèrent investir tant que leurs bilans 2025 leur permettent encore d’obtenir des financements. « C’est un investissement un peu subi. Les clients se disent : on n’attend pas une année de plus, sinon on risque de se retrouver coincés et de ne plus obtenir d’accord de financement. »
Un marché qui se recentre sur les pelles de 15 tonnes
Cette évolution du contexte économique s’accompagne d’un changement profond dans la demande. « Les pelles de 20 tonnes, longtemps incontournables, perdent du terrain au profit des modèles de 15 tonnes à rayon court, jugés plus polyvalents et surtout plus accessibles », constate Jean-Philippe Delion. Kobelco tire profit de cette évolution grâce à son positionnement de spécialiste. La marque enregistre notamment de bons résultats auprès des entreprises du paysage et des piscinistes, des secteurs particulièrement sensibles à ce type de machines.
Pour accompagner cette dynamique, Kobelco a également renforcé son maillage territorial. En mai 2026, le constructeur a confié la distribution à Sud Espace TP dans la région toulousaine ainsi qu’à BTP Service sur les secteurs de Bayonne et d’Orthez. Une réorganisation qui permet à la marque de reconquérir des zones où elle était jusqu’ici peu présente. En revanche, Jean-Philippe Delion assume une stratégie prudente vis-à-vis des grands loueurs. « Pour moi, les gros loueurs sont des clients « complexes ». Une année, ils vous apportent du volume ; l’année suivante, ils ne commandent plus rien. Dans ce cas-là, vous faites quoi pour alimenter les usines ? », s’interroge-t-il. Une dépendance que Kobelco préfère éviter en privilégiant un développement plus équilibré de son réseau qui a toute latitude pour sa stratégie loueurs.
Intermat 2026 : la technologie plutôt que l’électrique
À l’occasion d’Intermat 2026, Kobelco profitera de l’évènement parisien pour dévoiler une nouvelle stratégie produit avec deux niveaux de gamme : une offre standard et une gamme technologique intégrant les dernières innovations du constructeur. Cette dernière sera notamment compatible avec le système K-Dive, qui permet le pilotage des pelles à distance depuis un cockpit 2.0. Une étape supplémentaire vers les futurs engins autonomes que prépare déjà le constructeur japonais.
En revanche, Jean-Philippe Delion reste très réservé sur les perspectives de l’électrification du marché. Selon lui, les attentes des utilisateurs demeurent extrêmement limitées et les contraintes réglementaires imposées ces dernières années tendent déjà à s’assouplir. « Il y a quelques années, beaucoup de villes imposaient des chantiers zéro émission. Désormais, elles reviennent en arrière pour des raisons budgétaires et ces obligations disparaissent progressivement. »
Les grues, nouveau levier de développement
L’une des annonces majeures concerne l’intégration des grues à câbles au sein du réseau de distribution Kobelco. Jusqu’à présent commercialisées selon une organisation spécifique, elles bénéficieront désormais du même maillage que les pelles de terrassement. A terme, l’objectif est de s’appuyer sur les 54 agences françaises du réseau pour assurer un service de proximité, aussi bien en maintenance qu’en disponibilité des pièces détachées. La gamme, volontairement concentrée sur quatre modèles, couvre à elle seule près de 80 % des besoins du marché.
Jean-Philippe Delion affiche clairement ses ambitions face au leader historique du secteur. « Cette année, il se vendra plus de grues par nos concessionnaires que directement par Kobelco. Notre objectif est clair : aller concurrencer très sérieusement Liebherr. »
Un secteur confronté à une pénurie de main-d’œuvre
Au-delà des questions de marché, le recrutement reste l’une des principales préoccupations de la profession. Malgré des rémunérations particulièrement attractives, certains conducteurs d’engins peuvent atteindre des salaires situés entre 3 000 et 4 000 euros nets par mois avec les primes, sur de grands chantiers comme celui du Canal Seine-Nord, les entreprises peinent toujours à attirer de nouveaux talents.
Pour tenter d’inverser cette tendance, Jean-Philippe Delion a proposé aux organisateurs d’Intermat de créer un espace dédié aux étudiants, en partenariat avec le groupe L’Étudiant, afin de faire découvrir les métiers du BTP aux jeunes générations … Il résume la situation avec une formule volontairement provocatrice : « Aujourd’hui, trouver un ingénieur est presque plus simple que recruter un bon conducteur de pelle », conclut-il.
